INTERVIEW EXCLUSIVE. Philippe Poutou: Mélenchon défend "le repli sur la France et les valeurs nationales"

France - 20/04/2017 11h11
Lu 18 134 fois -   LORACTU.fr La Rédaction
INTERVIEW EXCLUSIVE. Philippe Poutou: Mélenchon défend "le repli sur la France et les valeurs nationales"
Politique
Le candidat du NPA, Philippe Poutou, lors d'un meeting. (PHOTO: FLICKR/ CC/ Rémi Noyon)

Le candidat du NPA, crédité de 2% des intentions de vote, défend les principales propositions de son programme. Philippe Poutou, qui a fait sensation lors de l'unique débat entre les onze candidats se veut le porte-parole des ouvriers. Même s'il pourrait voter Mélenchon au second tour de la présidentielle en cas de qualification, il accuse le leader de la France Insoumise de défendre des "valeurs nationales".

LORACTU. Nous sommes à trois jours du 1er tour. Vous êtes le seul candidat ouvrier. En quoi votre candidature porte-t-elle la voix de ces électeurs ? 
 
Philippe Poutou: C’est un peu une évidence : moi, je me lève tous les matins tôt pour aller bosser avec les collègues ; c’est pour ça que nous, au NPA, on a pensé que ma candidature serait différente de celle de tous les politiciens professionnels qui se présentent pour avoir le poste. Nous, on veut surtout relayer la colère qui s’exprime un peu partout ; d’ailleurs je crois que pendant le débat télé les gens ne s’y sont pas trompés.
 
Quelles sont les propositions fortes de votre programme ? 
 
C’est dur de choisir, mais l’idée centrale, c’est la répartition des richesses et l’égalité réelle. C’est donc d’abord l’interdiction des licenciements, parce que c’est pas normal que des grosses boites puissent licencier alors qu’elles font du profit, et ça se vérifie tous les jours. On nous dit souvent que c’est pas possible d’interdire les licenciements, par contre c’est possible de laisser les capitalistes se goinfrer pendant que des gens crèvent la dalle ; nous ce qu’on dit, c’est que du pognon, il y en a jamais eu autant, mais qu’il a jamais été aussi mal réparti. Ce qu’il faut discuter, c’est une augmentation massive des cotisations sociales patronales, pour que ce soient les capitalistes qui paient le coût du maintien de l’emploi. Il y a aussi l’ouverture des frontières et l’accueil des migrant.e.s, surtout par les temps qui courent où on sent bien le repli sur soi et les tentatives de division.
 
Plusieurs candidats de gauche sont en lice pour le 1er tour de la présidentielle. Quelles sont vos différences avec Mme Arthaud, M. Hamon et M. Mélenchon ? 
 
Nous, on assume d’être «d’extrême gauche», comme Nathalie Arthaud avec qui on est complémentaires ; mais nous, on ne fonctionne pas comme Lutte ouvrière, on n’est pas un parti «trotskiste», mais plutôt largement anticapitaliste. On est aussi contre le nucléaire, même sous contrôle ouvrier. Mélenchon, lui, n’aime pas beaucoup les «gauchistes» comme il dit, et si on peut se retrouver sur beaucoup de choses avec les militant.e.s de Mélenchon, on a de profonds désaccords avec le programme que porte leur candidat, comme le repli sur la France et les valeurs nationales par exemple. En plus, Mélenchon pense que c’est par le vote, les institutions, que les choses vont changer, alors que l’Histoire montre que seules les luttes sociales peuvent obliger les capitalistes à lâcher ce qu’ils nous prennent.
 
La percée de Jean-Luc Mélenchon est spectaculaire. Le candidat est désormais au coude-à-coude avec le candidat François Fillon. En cas de qualification de M. Mélenchon au 2e tour, comptez-vous appeler à voter pour lui, voire à vous engager à ses côtés ?
 
Nous, on en est pas là ; on a un premier tour à réussir et on se concentre là-dessus, après on décidera ça collectivement avec le NPA. Moi, à titre personnel, je voterai sûrement Mélenchon, parce que ce n’est pas un adversaire, mais on maintient que ce n’est pas non plus la solution.

- "Le nucléaire n’est pas une solution, mais un vrai problème" -

A chaque élection présidentielle, le concordat d'Alsace-Moselle est discuté dans la campagne. Cette particularité est très appréciée par les habitants des trois départements. Quelle est votre position sur le sujet ? Doit-on le réformer ? Si oui, doit-on ouvrir un débat sur l'intégration de l'islam au sein du concordat d'Alsace-Moselle ?
 
Nous, on est plutôt pour une application stricte de la loi de 1905 : l’Etat ne finance ni ne soutient aucun culte, mais l’expression de toutes les religions est tolérée, y compris sur la voie publique. Ça veut dire aussi que l’Ecole doit d’abord être publique, laïque et non confessionnelle. C’est ce qui permet le mieux le «vivre ensemble», et aussi de ne pas stigmatiser les musulmans par exemple.
 
La fusion des régions portée par le gouvernement de Manuel Valls a ouvert des plaies dans le Grand-Est, notamment en Alsace qui a fusionné à "marche forcée" avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne. Marine Le Pen souhaite rendre l'Alsace aux alsaciens et supprimer les régions. François Fillon se dit ouvert à des expérimentations, Benoit Hamon ne veut pas y toucher... Quelle est votre position sur la question ?
 
La réforme territoriale engagée par Valls et Hollande, c’est dans la logique libérale : ça renforce la concurrence entre les régions, et la course de compétitivité entre les territoires, les uns gagnent quand d’autres perdent ! La décentralisation renforcée des pouvoirs de l’Etat vers les collectivités territoriales se fait de façon technocratique, sans l’avis des gens. En plus, ces « super-régions » sont le niveau idéal pour faire des nouvelles coupes budgétaires et démanteler les dispositifs nationaux comme le statut des personnels publics, ou encore l’égalité d’accès aux services publics sur tout le territoire.
 
Le projet de stockages de déchets nucléaires de Bure (Meuse) fait l'objet de contestations. Le candidat du PS-ELLV Benoit Hamon s'est engagé à y mettre fin tandis que M. Fillon est favorable à sa poursuite. Quelle est votre position sur le sujet ? Globalement, que faire à Fessenheim (Bas-Rhin) alors que la centrale doit fermer en 2018 ou à Cattenom (Moselle), une centrale qui provoque de vifs débats chez nos voisins allemands, belges et luxembourgeois ?
 
Pour nous, le nucléaire n’est pas une solution, mais un vrai problème. On a un scénario qui tient la route et qui permettrait de sortir de cette énergie mortifère en 10 ans en évoluant vers des renouvelables et vers la sobriété énergétique, parce que l’avenir est là ; ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas enfouir, on met pas la poussière sous le tapis, surtout quand elle est toxique pour des dizaines de milliers d’années ! Ceux qui ont développé le nucléaire n’ont pas du tout pensé à la gestion des déchets, ni au démantèlement des centrales comme Fessenheim : il faut donc d’abord arrêter de produire de nouveaux déchets, stopper la filière nucléaire, et mettre autour de la table tous ceux qui pourraient aider à résoudre ces problèmes.

- "Moi, je m’habille et je parle comme ça naturellement, comme des millions de personnes" -

La Lorraine mais aussi la Champagne-Ardenne sont des berceaux de l'industrie lourde qui a décliné ces dernières décennies. Les dossiers de Gandrange ou Florange ont laissé des traces dans l'électorat ouvrier qui est désormais tenté par Mme Le Pen ou M. Mélenchon. Quelles perspectives d'avenir souhaitez-vous offrir à ces catégories touchées de plein fouet par la crise alors que vous avez basé votre campagne sur la défense des ouvriers ?
 
L’électorat ouvrier, il est déjà abstentionniste. Ce qui est normal quand on voit qu’ils ont été trahis par tous les politiciens, de droite ou du PS. Nous, on veut leur dire que c’est le capitalisme qui les a mis dans le mur, c’est la politique des patrons, et pas la faute de l’immigration comme le fait croire Le Pen. Il faut donc changer de logiciel, changer de système, pour mettre en place une société égalitaire dans laquelle les ouvriers auraient plus d’importance que des millionnaires comme Le Pen ou Fillon, et où ils arrêteraient de se serrer la ceinture pour que d’autres engrangent des millions. C’est pour ça qu’il faut continuer de penser ensemble, de lutter ensemble, qu’il faut relever la tête et ne pas céder à la résignation, parce que se résigner, c’est se laisser diviser par les fausses « solutions » des politiciens bourgeois, y compris le FN.
 
Vous avez fait sensation durant le seul débat télévisé à 11. Par votre manière d'interpeller Marine Le Pen et François Fillon sans compter votre tenue vestimentaire largement commentée par les journalistes mais aussi les internautes. Pourquoi avez-vous choisi cette forme de campagne ? 
 
On a pas «choisi» cette «forme de campagne» ; moi, je m’habille et je parle comme ça naturellement, comme des millions de personnes. On est pas là pour «jouer au président» comme la plupart des autres, mais pour dire la vérité aux gens, pour qu’ils voient que eux aussi, ils peuvent tenir tête à ceux qui nous écrasent ; nous, on est honnête, on a rien à cacher, et on a beaucoup à dénoncer par contre. Ce qu’on dit avec les camarades du NPA, ça vient avant tout des tripes, de nos colères et de nos révoltes, de ce qu’on vit tous les jours dans nos quartiers ou dans nos boîtes.

 

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