Metz et son université sous le choc après l’implication d’un étudiant dans un attentat

Metz - 07/06/2017 17h02 - mis à jour le 07/06/2017 17h36
Lu 23 510 fois -   LORACTU.fr La Rédaction
Metz et son université sous le choc après l’implication d’un étudiant dans un attentat
Société
L'Université de Lorraine (Metz-Nancy) est toujours dans le top 300 de Shanghai qui classe les université du monde entier. La France ne décolle pas. PHOTO : Alex Herail

Le monde universitaire est sous le choc au lendemain de l’attaque d’un policier sur le parvis de Notre-Dame de Paris par un assaillant se revendiquant de l’Etat islamique. Farid I., principal suspect, est un étudiant inscrit depuis 2014 à l’Université de Lorraine à Metz. Un profil atypique d’un homme au-dessus de tout soupçons.

L'homme d'origine algérienne, âgé de 40 ans, qui a attaqué un policier avec un marteau mardi 6 juin sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame à Paris, était étudiant à Metz rapporte France Bleu Lorraine Nord. L'agresseur était inscrit en "thèse depuis 2014", selon le président de l'Université de Lorraine, il avait suivi son directeur de thèse à Paris en 2016 tout en restant inscrit à Metz. Pierre Mutzenhardt ajoute que rien de suspect "n'avait été détecté" chez cet étudiant.

L'assaillant étudiait "la manière dont les médias travaillent en Afrique du Nord, en Tunisie, en Algérie, au Maroc". Cet étudiant au profil atypique a été "journaliste avant pour des médias d'Afrique du Nord et ensuite, il est venu se former à Metz." Il travaillait plutôt "sur des sujets ouverts" affirme Pierre Mutzenhardt. Sur 60 000 étudiants, "il y a forcément des phénomènes de radicalisation", comme dans la société assure le président de l'Université de Lorraine.

"C'est un étudiant qui ne mérite absolument pas d'être inscrit à l'université de Metz, je pense que je vais téléphoner au ministère pour voir quelle conduite tenir, ça peut choquer en interne" a-t-il ajouté, assurant qu'il va rencontrer mercredi les étudiants et les enseignants de l'Université régionale pour évoquer ce sujet sensible qui provoque déjà la consternation dans la communauté universitaire.

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- Il a crié "c'est pour la Syrie" -

Son directeur de thèse à l'Université de Metz,  Arnaud Mercier a témoigné sur LCI et BFMTV mardi soir en dressant le portrait d'un homme non radicalisé et qui était impliqué dans son travail. "Cela me laisse complètement pantois et estomaqué", confie ce professeur qui se souvient d’un homme "doux comme un agneau". "Il était à mille lieues de tous les idéaux islamistes de détestation de l’occident", souligne le chercheur avant d’évoquer le parcours de son élève. "Il sortait d’un diplôme de master en journalisme obtenu en Suède et avait exercé la fonction de journaliste à Stockholm et en Algérie". "Son sujet  visait à étudier la manière dont les médias maghrébins traitaient les élections nationales organisées dans les autres pays. Avec notamment une problématique tout à fait intéressante : la façon dont les médias couvraient ces élections pour délivrer implicitement des messages" a-t-il précisé sur la chaîne LCI. 

Le suspect Farid I. sur une photo disponible sur le site de l'Université de Lorraine (MONTAGE LORACTU)

Arnaud Mercier a pu expliquer la présence de son ancien étudiant à Paris. Ce dernier l'y avait suivi depuis Metz. "Quand j’ai été muté à l’université de Paris II-Assas en septembre 2015, il m’a dit : ‘Monsieur le professeur’- car il était très obséquieux- ‘puisque vous allez à Paris, moi ça faisait un moment que je me disais que la Lorraine ça ne m’intéresse plus, ça va me donner l’occasion de m’installer à Paris. Comme ça, ce sera plus simple de se voir et pour moi de trouver du travail. Il n’avait pas beaucoup d’argent car il s’est installé dans une résidence étudiante à Cergy-Pontoise" a-t-il assuré sur BFMTV. Arnaud Mercier assure à propos de Farid I. :"Il courrait le sou mais rien ne laissait prévoir une telle fin."

- "Doux comme un agneau", impliqué, diplômé et engagé dans son travail -

Selon des sources proches de l'enquête, le suspect est né en Algérie en janvier 1977, "sous réserve que les papiers retrouvés sur lui correspondent à son identité". L'homme avait également en sa possession "deux couteaux de cuisine", a précisé le ministre, qui a ajouté qu'"apparemment, l'individu était seul, il n'était pas accompagné". 

"Au milieu de trois policiers chargés de la surveillance des touristes près de Notre-Dame de Paris, une personne est arrivée par-derrière et a commencé à frapper un policier avec un marteau. Un collègue a réagi avec sang-froid. Le policier est suivi à l'hôpital et l'agresseur reçoit des soins. L'agresseur a crié au moment où il frappait le policier, 'c'est pour la Syrie'", a détaillé le ministre.

Après l'agression, l'assaillant s'est revendiqué être "un soldat du califat", un terme utilisé pour désigner le califat autoproclamé en juin 2014 de l'organisation djihadiste État islamique dans la zone irako-syrienne, selon une source proche de l'enquête. Le policier agressé, légèrement blessé au cou, a également été hospitalisé, a-t-on indiqué de source policière. Il a 22 ans, selon le ministre de l'Intérieur. 

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- Une vidéo d'allégeance retrouvé chez lui -

L'assaillant de Notre-Dame de Paris au sol après l'attaque d'un policier, mardi 6 juin 2017.

Une vidéo de revendication a été retrouvée lors de la perquisition au domicile de l'assaillant à Cergy en banlieue parisienne où le suspect vivait depuis plusieurs mois, selon plusieurs médias. Interrogés par l'AFP, la plupart des locataires de cet immeuble où vit le suspect, des étudiants, ont indiqué ne pas connaître l'assaillant. Un seul s'est souvenu d'un homme "très discret", qui "habitait là depuis un an et demi ou deux ans". "Ce n’était pas du tout un islamiste avec une grande barbe. Plutôt le genre pantalon en toile et veste, un style de professeur des écoles. Le genre insoupçonnable", a commenté cet homme, qui a souhaité rester anonyme.

Selon plusieurs médias mais aussi son CV en ligne publié sur un réseau social professionnel, Farid I. avait travaillé pour plusieurs titres de presse. En France, il avait écrit pour le site de Rue 89, pour un quotidien en Suède et un autre titre de référence en Algérie. Un journal qui est connu pour ses prises de position opposées à l’islam radical.

Originaire d’Akbou en Algérie, Farid Ikken décroche une licence en traduction en 2000 puisqu’il parle trois langues (arabe, français et suédois). Après les événements en Kabylie, il s’envole pour la Suède, où il est diplômé en journalisme à l’université d’Uppsala. Ikken se marie à une Suédoise rencontrée à Stockholm, mais finit par divorcer. Il se rend ensuite en Norvège d’abord, où il séjourne brièvement. La France ensuite. Mais l’Algérie, surtout, où il rentre finalement en 2011 au moment du Printemps arabe. Il va y lancer Béjaïa aujourd’hui, un site d’informations locales. En 2012, Farid Ikken intègre le bureau régional du quotidien francophone El Watan. A cette époque, l’un de ses collègues, Djamel Alilat, relève «sa sympathie pour l’islam radical». En 2014, il revient en France puis s’inscrit à l’Université de Metz. Durant sa thèse à Metz, il s’intéressait à la manière dont les médias du Maghreb couvraient les élections étrangères, et voulait déceler s’ils en profitaient pour instiller dans leur couverture des éléments critiques contre les autorités nationales.

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